Créer un nouveau blog :

A propos de ce blog

Nom du blog :
madraffin
Description du blog :
Après 30 ans passés au Rwanda et 10 ans en France, je souhaite communiquer sur ce que j'ai appris.
Catégorie :
Blog Rencontres
Date de création :
03.11.2007
Dernière mise à jour :
16.11.2009

RSS

Navigation

Accueil
Gérer mon blog
Créer un blog
Livre d'or madraffin
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !

Articles les plus lus

· menaces d'extradition vers le Rwanda
· réaction au pélerin :mémoires cardinal Etchegaray
· Colloque France Rwanda
· A titre de bienvenue
· Kibeho - jubilé de 25 ans
· Des histoires d'éléphant!
· Dominique NTAWUKULILYAYO : témoignage
· VIOL ARME DE GUERRE en RDC
· Que valent les noirs desseins à la lumière de Noël?
· Quelques jours en avril... sans avant et sans après!

Statistiques 36 articles


Derniers commentaires

madame raffin, comprenez que le rwanda n'a que faire de vous. vous avez connu le rwanda de l'apartheid aux mai...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 20.11.2009

madeleine raffin = censure pourquoi donner son nom aux potes militaires de madeleine?...
(Voir la suite)
Par kagame, le 18.11.2009

la seule faute des militaires français, c'est de nous avoir gaché la victoire totale contre tous les interaham...
(Voir la suite)
Par Hamisi, le 05.11.2009

il faudrait aussi que notre ami diogène relise les interventions du président du vatican, le pape jean paul ii...
(Voir la suite)
Par Pierre Ruhutamugab, le 25.10.2009

j'oubliais de vous dire que je m'appelle fdèle ngulinzira...
(Voir la suite)
Par Fidèle Ngulinzira, le 23.10.2009

cher diogène, relis ce que tu viens d'écrire. je pense que tous les rwandais qui vivent dans des prisons-mouro...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 23.10.2009

triste que l'évolution du journal le pelerin qui devient progressiste à l'excès en médiatisant la présentation...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 05.10.2009

attention aux jugements hatifs. meme un fou peut dire la vérité. l 'innocence de dominique n'est pas à mett...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 04.09.2009

eu égards au drame que subissent les femmes congolaises,je me sens obligé d'exhorter la communauté internation...
(Voir la suite)
Par DIEUDONNE MUGANZA , le 22.07.2009

rwandais, sachez tirer des leçons de votre histoire de puis quelques temps je m’intéresse aux publications ...
(Voir la suite)
Par André Dupuis, le 20.06.2009

bonjour monsieur ngabonziza. m erci pour les compliments et pour le partage de l’expérienc e chrétienne du ca...
(Voir la suite)
Par Zéphyrin Hakuziman, le 04.05.2009

a zéphyrin hakizimana, je tiens à vous remercier pour votre intervention positive et visiblement soucieuse...
(Voir la suite)
Par JC Ngabonziza, le 02.05.2009

a zéphyrin hakizimana, je tiens à vous remercier pour votre intervention positive et visiblement soucieuse...
(Voir la suite)
Par JC Ngabonziza, le 02.05.2009

“médecin, guéris-toi toi-même” me lance un lecteur. oui, la religion traditionnelle rwandaise figure parmi le...
(Voir la suite)
Par Zéphyrin Hakuziman, le 01.05.2009

je viens de lire l’article de l’abbé ngomanzungu et la réaction de monsieur ngabonziza. d’après ce qu’un am...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 29.04.2009

RSS

Recherche
Recherche personnalisée

Aux anonymes de tout bord

Publié le 16/11/2009 à 16:54 par madraffin
Mes articles sont signés. Je prie les anonymes de bien vouloir s'abstenir.

Ce blog a pour but de faire partager au lecteur de bonne volonté ma vision du Rwanda, en tant que témoin.
Je voudrais modestement servir la justice et la vérité, seul chemin de réconciliation, désirant que les rwandais retrouvent un jour des chemins de fraternité, tels que je les ai connus.

Veuillez especter la raison d'être de ce blog.

Madeleine RAFFIN


1er octobre anniversaire pour le Rwanda

Publié le 01/10/2009 à 17:45 par madraffin
1er octobre anniversaire pour le Rwanda

ALLOCUTION DE PAUL RUSESABAGINA
EN RÉPONSE À LA REQUÊTE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE RWANDAISE EN EXIL,
LE 1er OCTOBRE 2009

Rwandaises, Rwandais, Amis du peuple rwandais

Nous commémorons aujourd’hui le 19ième anniversaire du début de la guerre que le Front Patriotique Rwandais actuellement au pouvoir à Kigali a engagé contre le Rwanda, et qui a abouti à l’extermination de millions de personnes notamment au Rwanda et en République Démocratique du Congo.

La date du 1er octobre 1990 restera maudite dans toute notre histoire. A cette date, le FPR a fait le choix de la politique du crime.
A cette date, le FPR a décidé de réveiller à grands coups de canons et de mitrailleuses les démons de l’ethnisme pour conquérir le pouvoir au Rwanda, et par la suite le conserver en exploitant de façon éhontée un génocide qui n’aurait jamais eu lieu sans ses aventures meurtrières.
A cette date, une clique d’individus sans foi ni loi a décidé d’entreprendre une guerre fratricide qui a abouti à la mise en place à Kigali d’un régime discriminatoire et à l’établissement d’une société des plus inégalitaires au monde, où une infime minorité vit dans une opulence scandaleuse pendant que l’écrasante majorité de la population croupit dans une misère abjecte.
Aujourd’hui, après de profondes réflexions, à la demande de mes chers compatriotes de la société civile rwandaise en exil, les malheureux réfugiés rwandais qui pourrissent encore dans les sheetings des camps de la mort dans plusieurs pays d’Afrique, ou qui errent dans les forêts de la République Démocratique Congo où ils sont traqués par les tueurs du FPR, ou encore qui vivent sans lendemain dans plusieurs pays du monde, ou alors nos frères et sœurs rwandais qui restent toujours prisonniers du pouvoir implacable du FPR à l’intérieur du pays, j’ai décidé de m’engager dans le combat de libération pacifique de notre chère patrie.
Je voudrais saisir cette occasion pour exprimer ma profonde gratitude à tous mes frères et sœurs de la société civile rwandaise en exil pour la confiance qu’ils m’ont témoignée. Je m’en voudrais aussi de ne pas clamer mon immense admiration à tous ceux qui, comme eux, ne cessent chaque jour de prendre le risque d’exprimer haut et fort leur rêve d’un meilleur Rwanda, autre qu’un pays en lambeaux dont le tissu social est continuellement déchiré par un régime dictatorial et sectaire.
Je voudrais exprimer mon profond respect à toutes les personnes de tous les milieux, civils, politiques, religieux, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, qui ont le courage de réclamer l’égalité des droits, la justice équitable et la démocratie face à un régime des plus répressifs au monde.
Rwandaises, rwandais, chers amis du peuple rwandais, même si je suis entièrement et en toute humilité disposé à servir mon peuple là où il jugera utile, je voudrais d’emblée apporter quelques clarifications importantes au contexte de mon engagement et de mon combat.
Premièrement, je ne suis pas prêt à participer dans des élections présidentielles qui se tiendraient dans les conditions actuelles et qui ne seraient qu’une répétition des mascarades électorales de 2003 et de 2008 au cours desquelles le FPR s’est tristement illustré par le bourrage des urnes, l'intimidation de ses adversaires politiques, l’arrestation de ses opposants et l’usage de toutes sortes de violence.
• Je ne suis pas prêt à cautionner par ma participation des élections qui se tiendraient dans un climat de répression de la presse indépendante et de violation du droit d’expression.
• Je ne suis pas prêt à me représenter dans des élections où la commission électorale est complètement acquise au régime dictatorial et répressif du FPR.
• Je ne suis pas prêt à participer dans des élections qui privent des centaines de milliers de rwandais de leur droit de vote en les maintenant en exil, ou en les confinant dans d’autres conditions qui ne leur permettent pas d’exercer pleinement leurs droits civiques.
C’est pourquoi, chers compatriotes, chers amis du peuple rwandais, plutôt que de vous promettre seulement que je vais me représenter aux prochaines élections présidentielles, je voudrais aujourd’hui vous inviter à entreprendre ensemble la noble tâche de lutter pour la mise en place des conditions qui rendront ces élections transparentes, libres, pluralistes et véritablement démocratiques.

Je voudrais vous convier à l’œuvre commune de mettre ensemble toutes nos énergies pour permettre aux multiples talents que compte le peuple rwandais en son sein et que le régime actuel continue d’empêcher de s’exprimer librement, d’entrer pacifiquement en compétition et de laisser sereinement émerger les plus méritants parmi eux.

Je voudrais vous demander de mettre ensemble toutes nos forces pour conjurer définitivement le tragique destin qui nous colle aux talons depuis déjà très longtemps de devoir subir l’oppression de régimes dont le pouvoir a été acquis dans la violence ou la tricherie.

Deuxièmement, je trouve inacceptable que la communauté internationale n’oppose aucune objection à la candidature du général Paul Kagame, sur qui pèsent pourtant des accusations de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crimes de génocide et de terrorisme émises par la justice française et espagnole.

Par ailleurs, un rapport des Nations Unies en Décembre 2008 a établi la responsabilité incontournable du régime rwandais dans le conflit à l’Est de la RDC, qui a emporté jusqu’ici plus de 5 millions de personnes, et Kigali ne semble souffrir d’aucune conséquence. Je salue ici l’action exemplaire de la Suède et des Pays Bas, qui ont eu le courage de couper l’aide au gouvernement rwandais en raison de ces crimes documentés par le rapport onusien, et j’exhorte d’autres bailleurs de fonds à faire de même pour faire régner la paix dans la région des Grands Lacs.

Troisièmement, la requête de me représenter dans les prochaines élections présidentielles telle qu’elle m’a été exprimée par la société civile rwandaise en exil, est particulièrement difficile et empreinte de périls parce qu’elle m’exige de repenser mon rôle d’humanitaire. Mais je suis réconforté à l’idée que mon rôle en 1994 d’hébergeur de ceux qui étaient menacés de mort ne m’était pas moins imposé par la force des choses et n’était pas moins risqué.

En outre, mon parcours depuis cette époque a été parsemé de maints obstacles, surtout après la sortie sur écran du film « Hotel Rwanda ». Or je sais que mes difficultés sont moindres par rapport aux souffrances journalières endurées par les populations rwandaises sous la main mise du pouvoir dictatorial du FPR.

C’est dire donc qu’en tant qu’exclus du régime de Kagame, nous partageons tous le même sort, que nous soyons à Kigali ou à Bruxelles, à Johannesburg ou à Montréal, à Paris ou à Washington, à Londres, Berlin ou ailleurs, et cette vérité crue de notre souffrance actuelle, j’exhorte tous les Rwandais à se l’imprégner jusque dans le très fond de leur être.

Si partout où nous sommes, nous tous Rwandais, sans recours à nos réflexes identitaires, osons nous regarder dans le miroir et reconnaître le mal collectif qui nous harcèle, et si chacun de nous apporte sa contribution à l’œuvre commune, notre victoire est certaine. Une chose est sûre : la défaite du système criminel du FPR ainsi que l’avènement de la démocratie au Rwanda exigeront l’effort soutenu de toute la population Rwandaise.

Pour ma part, je m’engage à continuer de travailler sans relâche pour que le Rwanda recouvre bientôt le règne du droit, de la paix, ainsi que de la justice, et que le peuple rwandais puisse véritablement se réconcilier.

Comme en 1994 j’ai ouvert grandement les portes de l’hôtel des Mille Collines à des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui étaient pourchassés et avaient perdu tout espoir de vivre, aujourd’hui je m’engage, plus que jamais, à mettre toutes mes énergies à l’ouverture d’une nouvelle ère à tout le peuple rwandais.

Comme en 1994 j’ai secouru indistinctement toutes les personnes qui ont requis mon aide, aujourd’hui je m’engage, plus que jamais à mettre toutes mes forces à l’éradication de toute forme de discrimination parmi le peuple rwandais.

Comme en 1994 j’ai uniquement eu recours à l’usage des mots pour protéger ceux qui s’étaient refugiés à l’hôtel des Milles Collines contre toute forme de violence, aujourd’hui je m’engage, plus que jamais, à mettre toutes mes capacités à conjurer l’usage de la violence dans la résolution du problème rwandais.

Oui, chers compatriotes, ensemble nous pouvons vaillamment relever ces nobles défis et orienter le destin de notre chère patrie vers de radieux horizons, sans heurt ni violence. Les événements tragiques qui ont endeuillé le Rwanda et qui ont transformé ma vie de directeur d’hôtel en humanitaire dévoué à la cause des démunis et des persécutés, m’ont appris une grande leçon : les mots sont de redoutables armes et peuvent détruire ou sauver des milliers de vies humaines.

En 1994, grâce à la négociation, j’ai pu arracher des centaines de vies humaines des griffes de la mort et tester par là même l’inégalable puissance des mots. C’est pourquoi je suis fermement convaincu que c’est uniquement autour de la table et grâce à la négociation que le peuple rwandais pourra briser le cercle de violence qui le tient prisonnier depuis déjà très longtemps.
Le pouvoir actuel rwandais, qui en 15 ans a fait autant de morts, créé autant de réfugiés et continue d’en créer encore, provoqué autant d’injustice au moyen d’outils de répression massive comme les institutions GACACA, a manifestement échoué. Cet échec cuisant est essentiellement dû au fait que le régime en place est basé sur un seul homme, le Président Kagame, qui manipule à sa guise les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Or, comme le Président Barack Obama l’a si bien dit dans sa grande allocution du 11 juillet 2009 à Accra, au Ghana, «Qu’on ne s’y trompe pas : l’histoire est du côté des Africains braves, et non du côté de ceux qui se servent de coups d’Etat ou changent les Constitutions pour se maintenir au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes. »

De même, le Rwanda n’a pas besoin d’homme fort, mais d’institutions fortes. Aussi, j’invite instamment la communauté internationale à inciter le gouvernement actuel rwandais à s’asseoir avec toute son opposition, armée et non-armée, pour mettre sur pied les conditions propices à des élections libres, transparentes, pluralistes et véritablement démocratiques.

Chers compatriotes, chers amis du peuple rwandais, le temps est venu de relever fièrement nos fronts et de briser les chaînes de l’oppression dans lesquelles le régime du FPR maintient subjugué le peuple rwandais.

Le temps est venu de redresser résolument l’échine et de mettre un terme à un régime qui ne sait répondre aux critiques qu’en brandissant la menace de la mitrailleuse et des lois imprécises, telle que celle sur le révisionnisme et l’idéologie du génocide. Le temps est venu de nous tenir la main et de barrer définitivement la route à l’usage de la violence et de la tricherie pour conquérir le pouvoir.

Le 1er octobre 1990 fut pour le FPR le début d’une très longue campagne de la terreur et de la mort qui dure encore aujourd’hui au sein du peuple rwandais. J’ai pensé que 19 ans après, le 1er octobre 2009 doit représenter pour nous le début d’une campagne d’espoir et d’apaisement. 19 ans de tyrannie sans répit, ça suffit.

J’ai choisi ce jour pour que, ensemble, nous puissions envisager notre propre campagne d’affranchissement, et entamer résolument le seul combat qui en vaille vraiment la peine, celui de la reconquête de tous nos droits.

Que Dieu bénisse le Rwanda
PAUL RUSESABAGINA

Bruxelles

Ecoutez-moi, ô gens de Dieulefit

Publié le 06/07/2009 à 11:40 par madraffin
Ecoutez-moi, ô gens de Dieulefit

Gens de Dieulefit, je vous écris parce que je suis un peu de chez vous.
Mon grand père, le colonel Jacques RAFFIN était de Cléon d’Andran, où j’ai visité sa famille au château de Genas. Le sens de l’honneur fait partie des valeurs que j’ai reçues de mes ancêtres.

Ayant appris que certains de chez vous, qui se dénomment « les intore(1) de Dieulefit » sont allés au Rwanda et ont visité le site de Murambi, en préfecture de Gikongoro, j’ai décidé de vous écrire, étant le seul témoin européen du massacre qui a eu lieu dans la nuit du 21 avril 1994, à partir de 2 h 30 du matin. J’étais debout dans mon jardin qui surplombe à près de 2 km le site de Murambi, impuissante… Tous nos efforts pour les assister, en tant que Caritas diocésaine (Secours Catholique local), étaient réduits à néant par la haine, la violence et la barbarie de quelques rwandais, dont beaucoup étaient victimes d’une subite propagande anti tutsi, au lendemain de l’assassinat du Président. Beaucoup de ces gens, réfugiés à Murambi, étaient mes amis, mes visites leur donnaient confiance. Ils croyaient avoir échappé au pire. Le curé de la paroisse, Edouard NTAGANDA , et moi-même étions les seuls à oser les visiter et leur apporte l’aide que nous avions encore (4,5 tonnes de riz).
J’ai déjà témoigné sur ce blog de ce que j’ai vu à Murambi (16/03/09).

Ceux qui vous ont conduit là-bas ne sont pas des témoins, sauf peut-être le gardien du site qui récite une leçon qu’on lui a dictée. On ne guérit pas de la haine en y rajoutant d’autres haines qui sont de la propagande.

Les français de l’Opération Turquoise sont arrivés à Gikongoro autour du 27 juin 1994.

Lorsque j’entends que des gens de chez vous ont demandé pardon, au nom des soldats français, d’avoir massacré des tutsis à Murambi le 21 avril, deux mois avant leur arrivée, je ne peux pas me taire. Ces militaires français nous font honneur, eux que vos amis ont insulté, car ils nous ont aidés à sauver les tutsis encore cachés. Si certains ne témoignent pas aujourd’hui, c’est parce que la propagande officielle les en empêche.

S’il y a beaucoup d’ossements étalés à Murambi, les miens auraient pu en être. Sachez que tout un trafic a été organisé sur ce site. On y a transporté des cadavres anonymes dont personne ne peut dire s’ils sont tutsi ou hutu ou d’un autre pays, croyant ajouter à l’horreur, dans quel intérêt ? Où est la dignité dans tout cela ?

Cette demande de pardon n’engage que ceux qui l’ont faite et surtout les propagandistes d’aujourd’hui.

Gens de Dieulefit, n’ayez pas honte d’être français et essayez d’écouter les témoins. Les rwandais du monde entier ont besoin de trouver des chemins de réconciliation, de voir à l’horizon un avenir possible où ils se reconnaîtront frères.

Lorsque j'étais au Rwanda, j'ai beaucoup apprécié dans les fêtes, les danses des "intore". C'était toujours le clou de la fête. Ils étaient les hommes des grands jours. Je souhaite que les "intore de Dieulefit" reviennent un jour dans un Rwanda enfin réconcilié, pour y faire la fête, dans la vérité.

Au nom de nos ancêtres communs, je vous remercie de m’avoir écoutée.

Madeleine RAFFIN

(1) Les « intore » dans la tradition ancienne du Rwanda étaient les « danseurs du roi », qui retraçaient dans leurs danses les hauts faits supposés du roi.
[COLOR=blue]

Quelle responsabilité pour la France dans le génocide du Rwanda?

Publié le 04/06/2009 à 19:11 par madraffin
Quelle responsabilité pour la France dans le génocide du Rwanda?

Le Rwanda ne cesse d'accuser la France d'avoir participé à la préparation et la réalisation du génocide. Beaucoup de français emboîtent le pas sans avoir été témoins, dont des ONG bien connues, telles que « Médecins sans frontières ». Voici ce que j'écrivais au Journal LA CROIX à la suite d'un article paru dans ce journal et dont de larges extraits ont été publiés deux mois plus tard.
Le Gouvernement français et les responsables de l'époque ne sont ni tout blanc ni tout noir ! En son temps, j'ai critiqué la politique française qui paraissait apporter son appui à un gouvernement corrompu. On m'a répondu qu'on apportait une aide au peuple rwandais et non à ses dirigeants.
Mais la France n'est pas sans mérite. Les accords d'Arusha d'août 1993 ont pu se faire grâce à la France. Si ces accords avaient été mis en application, on aurait sans doute évité le pire. Mais les deux parties rwandaises voulaient chacune le pouvoir. A eux deux la responsabilité du génocide. Cet accord prévoyait le retrait des troupes françaises, ce qui fut exécuté en novembre 93. Des trois parties, la France a été la seule à respecter ses engagements.
La Belgique et la Mission des Nations Unies ont abandonné le pays au milieu du génocide. Ceux-là doivent demander pardon. Et ils l'ont fait.
Quoi que l'on puisse écrire, la France a eu le mérite de l'Opération Turquoise qui a sauvé des vies et permis qu'une zone au moins retrouve le calme. Son rôle était d'abord humanitaire. C'est ce que j'ai pu apprécier sur Gikongoro où j'étais responsable de Caritas. Je suis témoin de tous ces tutsis rescapés sauvés par les Français à la demande du diocèse de Gikongoro.
Il ne faut surtout pas isoler le génocide des massacres qui ont précédé, accompagné et suivi l'arrivée du FPR dans tout le pays. C'est la peur de son arrivée qui a vidé le pays en faisant fuir la population vers le Zaïre où ils ont été poursuivis. Qui oserait honnêtement dire que ces massacres sont terminés ?
La lettre des évêques du Rwanda à l'occasion du 1O ème anniversaire du génocide rwan¬dais ne sépare pas le génocide des massacres.
La France a eu le mérite d'intervenir là où d'autres ont tergiversé. Si elle n'est arrivée qu'au début du mois de juin 94, c'est qu'elle ne voulait pas agir seule, les accords de ses voisins ont retardé cette intervention. La grande partie du mal était fait. C'est l'inertie internationale qui est en faute.
Enfin, pourquoi se croire obligé d'adopter la position prônée par Kigali, qui a institué la « présomption de culpabilité » à la place de celle d'innocence. Vos correspondants qui n'étaient pas au Rwanda à cette époque, appliquent ce « modèle » à « des rwandais notoirement connus comme assassins actifs durant le génocide ».
Faudrait-il que la France copie la Belgique qui n'a pas trouvé de plus ardent génocidaire que deux religieuses cloîtrées. Elle avait trop dépensé pour faire venir du Rwanda des témoins à charge qu'elle ne pouvait se permettre de laisser leur temps à des témoins à décharge pourtant convoqués par la Cour.
Oui, il faut savoir garder mesure devant l'ampleur du génocide et des massacres qui ont eu lieu dans toute cette région. Il faut respecter tous les morts, quelle que soit la main qui a frappé. En ce qui concerne les vivants, il faut juger et punir les vrais coupables de quelque bord qu'ils soient.. Quant à ceux qui paient alors qu'ils sont innocents, ou qui sont indéfiniment suspectés alors qu'on n'a aucune preuve, ils ont droit au respect et à la vie.
Pourquoi vouloir organiser la « chasse à l'homme » en France et lancer des rumeurs comme celles qui ont fait tant de mal au Rwanda en 1994 ? En ce qui concerne les dirigeants français de l'époque, la Commission Parlementaire l'a déjà fait. Que l'on aide la justice internationale à faire son travail dans la vérité et la transparence, en dehors de toutes pressions.
Le peuple rwandais dans son ensemble a droit à son honneur, tout comme le peuple français.
Madeleine RAFFIN
("Le tambour de la fraternité" n°5 d'avril 2005=
[COLOR=red]

Murambi près de Gikongoro. Tout sauf la vérité.

Publié le 16/03/2009 à 12:00 par madraffin
On aura tout dit sur ce camp de déplacés tutsis à Murambi près de Gikongoro, siège d'un terrible massacre dans la nuit du 20 au 21/04/94.
Qui a commandité ce massacre, comme ceux qui les ont suivis, Cyanika, Kaduha,..? Je ne le sais pas,

VOICI CE QUE JE SAIS
C'est aux environs du 12/04/94, que les autorités de la préfecture ont pris la dérision de rassembler les tutsis qui erraient dans la ville de Gikongoro et les alentours, pensant pouvoir mieux les protéger. Ils n'y auront pas passé 10 jours.
La caritas diocésaine que je dirigeais s'était chargée de leur apporter du riz (c'est ce que nous avions en stock). La distribution se faisait sur listes préparées par les déplacés eux-mêmes, à raison de 1 kilo par personne. Nous nous étions entendu sur le fait que ceux qui avaient de l'argent donneraient 1 frw par kilo(puisque la caritas n'avait aucun budget, il fallait mettre de l'essence dans les véhicules que j'empruntais.). Le total du riz que j'ai apporté dans ce camp est de 4.5 tonnes de riz. Je laisse au lecteur le soin de calculer le nombre de kilos acheminés, et par là le nombre de personnes qui s'étaient déclarées présentes dans le camp de Murambi. Ils y auront passé 8 jours et certains avaient des provisions.
En date du 19/04 dans la soirée alors que je me rendais au camp pour ramasser la somme que les responsables avaient récoltée, je suis arrêtée à une barrière alors que j'étais escortée par deux gendarmes. On a saisi les trois personnes qui m'avaient demandé de les accompagner au camp. Elles furent tuées sur place, sans que les gendarmes interviennent. Cette barrière était commandée par un ancien sous préfet qui avait été renvoyé. C'est lui qui a donné l'ordre de l'attaque dont je fus la seule survivante, je ne sais comment.

VOICI CE QU'ILS DISENT
Lors de la première célébration de l'anniversaire du génocide des tutsis en date du 7/04/95, à laquelle je n'ai pas assisté parce que j'étais malade, des discours ont remercié un menuisier de Gikongoro, devenu pasteur depuis, d'avoir apporté du riz aux réfugiés de Murambi, dont les chiffres cités auraient été de 70 000 tués...
En date du 11/03/09, un allemand en visite à Murambi apprend que "les réfugiés ont passé deux semaines sans manger, et qu'ils étaient au nombre de 50 000". LA PROPAGANDE CONTINUE...
Comme si l'horreur n'était pas assez parlante.

Qu'on leur laisse "la paix et la dignité", ainsi qu'à ceux qui ont risqué leur vie pour tenter de leur venir en aide.



Au Kivu, loin des cameras...

Publié le 26/02/2009 à 12:00 par madraffin
« Que se passe-t-il dans l’Est du Congo ? » Fides publie un rapport
Les missionnaires évoquent les opérations militaires
ROME, Mercredi 25 février 2009 (ZENIT.org) - « Que se passe-t-il dans l'Est du Congo ? » L'agence vaticane Fides tente de répondre dans ce rapport des missionnaires sur les opérations militaires congolaises et rwandaises.
Que se passe-t-il dans le Nord du Kivu, dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC) où depuis janvier une opération conjointe des armées congolaise et rwandaise est en cours, pour désarmer et rapatrier les milices hutu rwandaises ? Les missionnaires du réseau ‘Paix pour le Congo' ont envoyé un rapport détaillé à l'Agence Fides, dans lequel il est affirmé que les opérations en cours ont lieu « dans un silence presque total, interrompu parfois par des informations provenant presque exclusivement des bulletins de la coalition rwando-congolaise ».
Selon les missionnaires, le retour au Rwanda de milliers de réfugiés a été entrepris. Il s'agit en grande partie de personnes qui s'étaient réfugiées dans le Zaïre d'alors, après le génocide de 1994. Parmi les réfugiés il y avait différentes personnes impliquées dans les massacres, tandis que d'autres étaient leurs proches ou des personnes qui fuyaient parce qu'elles craignaient de finir victimes des représailles. Dans les camps de réfugiés, des groupes de guérilla se sont créés, qui depuis plusieurs années contribuent à l'instabilité dans le Nord et le Sud du Kivu.
Suite aux accords du début de l'année entre le Rwanda et la RDC, l'ex-général rebelle Laurent Nkunda, qui depuis un an et demi alimentait la guerre dans la province du Nord-Kivu, a été arrêté par le Rwanda et maintenu en résidence surveillée à Gisenyi tandis que Kigali a envoyé des troupes dans le Nord du Kivu, par la frontière de Goma, pour chasser les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR, le principal groupe de miliciens hutu rwandais actif dans la région).
« Personne ne sait ce qui se passe réellement sur le front. Aucun journaliste indépendant n'y est admis et on ne dispose que des bulletins de guerre émis par les forces rwando-congolaises ou des informations provenant d'une source fidèle au président congolais » affirment les missionnaires, qui s'interrogent sur le vrai but des opérations : « Si on voulait contraindre les réfugiés à revenir dans leur pays, on encerclerait le territoire qui les accueille pour les pousser vers la frontière, au lieu de suivre le mouvement inverse, en les poussant vers l'intérieur du Congo. On les repousse ? On les tue ? Vu qu'il n'y a pas de témoins, qui sait? Les FDLR sont bien armées et connaissent la forêt comme leurs poches; leurs assaillants sont bien armés et leur comportement dans le passé a été marqué par une grande facilité à tuer même la population civile ».
De toute façon les missionnaires ont réuni des témoignages du retour de milliers de civils hutu au Rwanda : « plusieurs milliers de civils ont déjà traversé la frontière, mais les combattants des FDLR rapatriés seraient seulement quelques dizaines ».
Les réfugiés passent par un camp transitoire, d'où chaque famille, munie d'un kit de premier secours donné par le Haut-commissariat ONU pour les réfugiés, atteint sa colline d'origine. « Pour y trouver, peut-être, sa maison déjà occupée. Pendant ces années au Rwanda, le principe en vigueur était d'aller habiter dans une maison abandonnée, au cas où la sienne avait été détruite. Le président Kagame a imposé de rendre ces maisons aux réfugiés qui rentrent. Dans d'autres cas, il ne reste de la maison que des épaves : après quinze années d'abandon, les tôles, portes et fenêtres ont été emportées » écrivent les missionnaires.
La population congolaise regarde avec satisfaction le retour des réfugiés rwandais, mais en même temps avec compassion. Elle a accueilli autant les tutsi que les hutu, selon les changements politiques au Rwanda, mais s'est trouvée inévitablement impliquée dans des conflits qui ne la concernaient pas. Depuis 1996, elle a beaucoup souffert à cause des guerres qui ont fait plus de cinq millions de morts. En outre, dans le Bushi, elle a assisté impuissante aux violentes attaques contre les villages perpétrées par les milices Rasta, composées de hutu et de malfaiteurs congolais, qui tuaient, séquestraient les personnes pour exiger ensuite des rançons, violaient les femmes et même les petites filles.
« En même temps, la population s'inquiète du sort des réfugiés qui reviennent au Rwanda, et se demande pourquoi la Communauté internationale, qui a incité la R.D. Congo et le Burundi au dialogue interne, n'en fait pas autant pour le Rwanda. En demandant l'institution d'un observatoire sur l'importation des matières premières en Europe (vraie cause des guerres dans la région), les missionnaires concluent : « Il est temps que la justice anime les relations internationales, car l'injustice est toujours couverte du sang des personnes pauvres ».

Fin de la guerre ou occupation du Kivu par le Rwanda ?

Publié le 23/02/2009 à 12:00 par madraffin
Fin de la guerre ou occupation du Kivu par le Rwanda ?
Fin de la guerre ou occupation du Kivu par le Rwanda ?
(Le Potentiel 23/02/2009)

Il est des choses qui intriguent et sur lesquelles l’on ne peut se taire. Il en est ainsi de la fin de la guerre dans le Kivu. Une fin qui s’est faite dans des conditions à peine imaginables. Dans tous les cas, il n’y a pas de quoi pavoiser. Décryptage d’une fin de guerre qui n’a pas encore livré ses secrets.
Alors que les négociations entre le gouvernement congolais et les rebelles du CNDP de Laurent NKunda devraient avoir lieu le 25 janvier à Nairobi, au Kenya, sous la facilitation de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, dans un flou artistique, on annonce la fin de la guerre entre la rébellion du CNDP soutenue par le Rwanda et le gouvernement congolais. Un accord est signé entre Kinshasa et Kigali pour neutraliser les FLDR, les troupes de la rébellion sont réintégrées dans l’armée nationale et enfin, pour boucler la boucle, les troupes rwandaises entrent sur le territoire congolais.
Certains observateurs s’interrogent sur la rapidité avec laquelle cette guerre qui a fait tant de morts, se termine. On se croirait dans un film de Rambo. Nulle part, on n’a vu un traité de paix entre la RDC et le Rwanda pour mettre fin à la guerre. Tout s’est passé entre deux belligérants sans envoyé spécial de l’Union européenne ou émissaire de l’ONU. Trop beau pour être vrai, estiment bon nombre d’observateurs de la politique congolaise. Alors une question de taille brûle les lèvres de tous les Congolais : que se cache-t-il derrière cette chronique d’une fin de guerre non annoncée?
L’écrivain britannique, John le Carré, dans son roman intitulé Le chant de la mission, publié en 2006, résume bien l’enjeu de cette fin de guerre dans les deux Kivu sans tambour ni trompette : « Alors, le plan des Américains, c’est de consolider la présence économique et commerciale du Rwanda au Congo oriental jusqu’à la rendre incontournable. Ce qu’ils veulent, concrètement, c’est une annexion en douceur, et ils comptent sur un coup de main de la Cia. ».
Pour comprendre aujourd’hui ce qui se passe entre le Rwanda et la RDC, un rappel historique s’impose. Après la guerre d’agression (sous prétexte ethnique) menée en 1996 par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi soutenus par les multinationales anglo-saxonnes, un nouveau pouvoir (Alliance de Forces démocratiques de Libération du Congo) est installé à Kinshasa, le 17 mai 1997, après la chute du régime président Mobutu. Le nouveau chef d’Etat s’appelle Laurent-Désiré Kabila tandis que le chef d’Etat-major de l’armée congolaise porte le nom de James Kabarebe, actuel chef d’Etat-major de l’armée rwandaise. Les Forces armées zaïroises du régime Mobutu étant vaincues, la nouvelle armée congolaise est composée de militaires rwandais, ougandais, éthiopiens et autres.
Cette première guerre d’agression a permis à l’armée ougandaise d’occuper la province Orientale et à celle du Rwanda de s’installer dans le Kivu. Avec les multinationales anglo-saxonnes, les régimes de Kigali et Kampala font main basse sur les richesses minières de l’Est de la RDC. Les militaires, les hommes politiques et d’autres civils rwandais, ougandais et congolais se ruent sur les mines comme de fourmis. Un pillage systématique s’installe. Les rapports de l’Onu sur les pillages de ressources minières de la RDC publiés en 2004 et 2008 attestent bien que des sociétés étrangères et africaines sont passées maîtres dans ces opérations. La partie Est du pays échappant au pouvoir central de Kinshasa, Rwandais et Ougandais sont devenus les nouveaux maîtres de ce vaste territoire, deux fois plus grand que la France.

Après l’AFDL, le RCD, le MLC …
La deuxième guerre d’agression est déclenchée le 2 août 1998 par les soldats rwandais qui avaient aidé l’AFDL dans la conquête du pouvoir suprême à Kinshasa. En effet, le président Laurent-Désiré Kabila prend la décision de chasser les militaires rwandais de la RDC. Le général James Kabarehe, présenté par le président Laurent-Désiré Kabila comme Congolais, organise un commando à partir de Goma pour aller attaquer la RDC à partir de Kitona dans la province du Bas-Congo.
Cette deuxième tentative d’agression se solde par un échec à cause de l’entrée des troupes angolaises, namibiennes et zimbabwéennes dans la guerre d’une part, et d’autre part, grâce à la résistance des populations de Kinshasa qui ne pouvaient pas accepter de nouveau la domination rwandaise. C’est dans ces conditions que le mouvement politico-militaire dénommé Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenu par Kigali est né dans le Kivu.
La même année, l’Ouganda qui redoutait l’influence du Rwanda dans l’Est de la RDC, soutient la création des mouvements politico-militaires. C’est le cas du Mouvement de libération du Congo qui contrôlait la province Orientale et l’Equateur. Et sur onze provinces, le pouvoir central à Kinshasa ne contrôlait que cinq provinces.
L’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001 va précipiter les choses. Sous le régime de son fils Joseph Kabila, un forum « dialogue intercongolais » est organisé en Afrique du Sud sous la médiation du président Mbeki d’Afrique du Sud. De ce forum, il se dégage un accord global et inclusif qui met fin à la deuxième guerre d’agression. Un gouvernement de transition est mis en place pour aboutir à l’organisation des élections présidentielle et législatives. Dans le gouvernement de transition, le RCDa en charge le portefeuille de la défense nationale. Ce qui lui donne un contrôle sur toutes les opérations militaires dans l’Est du pays.
Lors de tentatives de réunification de l’armée nationale congolaise par les opérations de brassage, tous les autres mouvements armés ont remis leurs troupes et armes à l’armée nationale. Le RCD, quant à lui, a gardé sa puissance de feu dans l’Est du pays et dans les opérations de réunification de l’armée nationale, les armes et munitions n’ont pas été remises à l’armée nationale. Le brassage des militaires du RCD a laissé les militaires de l’ex-mouvement rebelle dans les deux Kivu, territoire proche du Rwanda. Ils ont gardé leur position initiale depuis l’agression contre le régime de Mobutu en 1997.
Par ailleurs, Nkunda et d’autres militaires du RCD ont refusé d’intégrer la nouvelle armée nationale en 2004.

Le Cndp sur les traces du RCD
Après avoir constaté que les cadres du RCD se sont embourgeoisés et ont abandonné le vrai combat consistant à préparer la gestion du Kivu par le Rwanda, Paul Kagame crée le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). L’aventure commence avec l’attaque de la ville de Bukavu. Jules Mutebusi et Laurent Nkunda, anciens officiers du RCD, inaugurent le 2 juin 2004 la troisième agression contre la RDC. Toujours au nom de la défense de minorités tutsi, ces officiers formés au Rwanda attaquent la ville de Bukavu semant la terreur parmi la population civile et les militaires.
A la tête de 4000 à 5000 militaires lourdement armés et soutenus par le Rwanda, le CNDP va se retrancher dans le Nord-Kivu en occupant deux territoires : le Rutshuru et le Masisi. Ce nouveau mouvement militaire fera du renvoi au Rwanda des FDLR et des Interahamwe l’une de ses revendications ( l’autre revendication étant la reconnaissance, par l’Etat congolais, du territoire de Minembwe pour les Tutsi).
Après plusieurs tentatives de chasser le CNDP de la province du Kivu, tentatives qui échouent à cause de complicités des anciens officiers du RCD intégrés dans les forces armées congolais (FARDC) qui donnaient des informations au Cndp, le gouvernement congolais va accepter de négocier avec Nkunda à Nairobi sous la médiation de président Obasanjo.
Coup de théâtre, le président Kabila déclare la fin de la guerre à la suite du passage de James Kabarehe, chef d’Etat-major de l’armée rwandaise à Kinshasa. Comme du temps du RCD, le CNDP accepte la réintégration de ses éléments dans les forces armées de la République démocratique du Congo, certains de ses membres sont désignés ministres dans le gouvernement provincial du Nord-Kivu et au Parlement, les députés nationaux se préparent à voter une loi d’amnistie. Bref, malgré plus de quatre millions de Congolais morts, les criminels du Cndp sont récompensés comme ce fut le cas des miliciens du RDC.

Kivu occupé
Samedi le 21 février 2009, Kigali annonce le retrait de ses troupes dans la province du Kivu alors que le parlement rwandais avait demandé à Paul Kagame de prolonger l’opération de 2 mois. Dans cette opération, c’est Paul Kagame qui sort gagnant. D’abord, il est parvenu, avec la complicité de Kinshasa, d’affaiblir les Hutu rwandais qui avaient des ambitions de reconquérir, à partir de la RDC, le pouvoir politique au Rwanda détenu par les Tutsi. Ensuite, en annonçant le retrait de ses troupes du territoires congolais, Paul Kagamé laisse derrière lui ses agents du CNDP et des soldats démobilisés rwandais qui sont réintégrés dans les forces armées congolaises. Comme du temps des troupes du RCD, les ex-troupes du Cndp vont jouer aux agents du Rwanda sur le sol congolais et surtout dans la province du Kivu. D’ailleurs depuis 1996, les troupes rwandaises n’ont jamais quitté le territoire congolais. Enfin, cette occupation va profiter aux élites politiques de Kinshasa, Kigali et les multinationales anglo-saxonnes.
Pour légaliser ce pillage de resources minières congolaises, les gouvernements occidentaux conseillent la mise en place de la Cepgl (communauté économique des pays de grands Lacs) qui, à travers elle, les sociétés mixtes congolaises et rwandaises exploitent les matières premières.
Par Freddy mulumba kabuayi
© Copyright Le Potentiel
Visiter le site de:Le Potentiel


Peuple du Kivu, qui parle de toi?

Publié le 22/02/2009 à 12:00 par madraffin
Peuple du Kivu, qui parle de toi?
Si la guerre change de nom, elle est toujours là pour une population qui n’en peut plus de s’enfuir, de voir mourir ses enfants, de les voir enrôlés de force comme enfants soldats.. Une population dont la seule faute est d’habiter une terre au sous sol immensément riche. Des millions de morts, depuis bientôt 15 ans.
Depuis le mois d’octobre, le général NKUNDA, appuyé et financé par le Rwanda, massacrait la population, soi-disant pour sauver les tutsis menacés. Aujourd’hui, lâché par ses parrains, il est en prison au Rwanda. Début janvier, son second, un certain général NTAGANDA(1) annonce qu’il prend sa place, puis décrète un cessez le feu, pendant que, dans son dos, se négocie une autre guerre.
Le chef d’Etat Major rwandais, James KABAREBE, négocie à Kinhasa une alliance de la RDC (Congo ) avec le Rwanda, alors qu’ils étaient devenus ennemis, pour se battre contre les hutus rwandais encore au Congo (interahamwe et anciens militaires hutus) .
Pendant que le monde entier est sous le charme de la BARACKOMANIE, et supplie qu’on en finisse avec les horreurs de la guerre au Proche Orient, les troupes de KAGAME envahissent tranquillement le Kivu, avec la bénédiction de KABILA devenu ami pour quelques jours.
Quelqu’un quand même en avait parlé, mais c’était avant le 20 janvier… Le président SARKOZY lors de l’une de ses cérémonies de vœux. Sur le conseil de B KOUCHNER, Sarko dit qu’il faut agir vite dans la région du Kivu. Paraissant ignorer que les habitants de cette région sont congolais, il sait surtout qu’il y a d’énormes richesses . Pour que le Rwanda ne soit plus obligé de voler ces métaux précieux, le mieux c’est de les lui donner. D’ailleurs ils s’entendront très bien avec les congolais pour les gérer… Après tout le Rwanda est petit et le Congo est grand, il faut partager, c’est, paraît-il, la loi de la géographie.
Mais voilà, KAGAME ne veut pas qu’on lui donne, il veut prendre et se débarrasser de tous les gênants, les habitants congolais…
Dans cet amalgame invraisemblable, qui pense à ceux qui n ’en peuvent plus? Il faut des prophètes qui, comme dans l’Ancien Testament, osent dire la vérité..
Si, il y a 100 ans, l’Eglise Catholique était parmi, les premiers défenseurs des Droits de l’Homme, aujourd’hui les Evêques, en particulier de RDC, n’ont pas la langue de bois.
Mais l’Eglise n’est pas la seule. Des milliers de voix d’hommes de bonne volonté ont commencé à se faire entendre. Vous en lirez l’une ou l’autre.
Je ne résiste pas à vous parler d’une lettre ouverte au président SARKOZY par Mr Honoré NGBAMBA, président de la PARECO(3) . Voici ses remarques en exergue de son appel:
« En suivant la logique de Sarkozy pour trouver des solutions aux problèmes de pauvreté, démographique et d'espace pour le Rwanda, qui sont la cause principale du conflit Rwando-congolais, selon Sarkozy qui se donne le luxe de réfléchir à la place de Congolais et des africains en général ,
On peut envisager des possibilités suivantes de réorganisation dans le monde
-Que la France cède une partie de son territoire au Luxembourg ou à la Belgique qui sont des pays exiguës et surpeuplés.
-Que l'Allemagne cède une partie de son territoire aux les Pays Bas, exigüs et surpeuplés
-Que la Chine cède une partie de son territoire à la Corée du Sud et du Nord, et ou à d'autres petits pays limitrophes.
-Que la Russie cède son territoire aux petits pays qui l'entourent
-Que le Brésil cède aux petits pays qui l'entourent en Amérique du sud.
-L'Angleterre ne peut rien céder a car c'est une ile déjà exigüe et surpeuplée.
Monsieur SARKOZY ( cf KOUCHNER cf KAGAME) parle de « sauver la minorité tutsi du Congo », or il semble qu’il y ait plus de 15 ethnies dans le seul KIVU et qu’aucune n’est minoritaire.
Non, il faut des prophètes qui osent dire qu’un homme est un homme, une femme est une femme, un enfant est un enfant. Tout le monde a le droit de vivre. Que le monde entier cesse de lorgner sur les richesses (qui ne leur appartiennent pas) et que l’on ose dire que tous les estomacs du monde ont la même taille et les mêmes besoins. Et le droit du sol existe aussi au Congo!
Le sourire d’un enfant est le même d’un bout du monde à l’autre. Laissons-lui la place.
(1) Parti de résistance congolaise Madeleine RAFFIN


(1) NTAGANDA, et NKUNDA sont visés par un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale en particulier pour le trafic d’enfants soldats
(2) James KABAREBE est visé par un mandat d’arrêt du juge BRUGUIERE
(3) Parti de résistance congolaise

Le rwanda a envahi le Kivu, soit disant popiur superviser...

Publié le 01/02/2009 à 12:00 par madraffin

Congo Actualité n° 88
30 Janvier 2009
News RDC



SOMMAIRE
ÉDITORIAL
NORD KIVU
Une vraie fausse cessation des hostilités
Entrée de troupes rwandaises au Nord Kivu
Réactions et déclarations
Arrestation de Laurent Nkunda
POUR UNE LECTURE DE LA REALITE


ÉDITORIAL

En décembre dernier, un rapport des Nations Unies avait mis en évidence l'appui du Rwanda à la rébellion de Laurent Nkunda, tout en montrant l'étendue des trafics de ressources minières du Congo opérés par l'ensemble des groupes armés, à commencer par les forces armées congolaises. Kigali avait rejeté avec force les conclusions de ce rapport. Mais deux bailleurs de fond parmi les plus fidèles du Rwanda, la Suède et les Pays Bas, ont jugé indispensables d'interrompre leur aide directe budgétaire, tandis qu'un troisième allié de Kigali, la Grande Bretagne, affirmait se poser des questions. Pour sauver son image et les aides internationales, Kigali décide de lâcher Nkunda au profit d’une nouvelle et étrange alliance.
Laurent Nkunda est le premier à payer le prix du retournement d'alliance entre Kigali et Kinshasa.
Pendant des années, les rebelles hutus étaient trop utiles au Congo pour êtres chassés et les rebelles tutsis étaient trop utiles à leur communauté, à l'influence rwandaise à l'est et à tous les pêcheurs de minéraux précieux dans les eaux troubles, pour être arrêtés par leurs parrains. La population, elle, a enduré un martyre, en raison des exactions de tous ces groupes armés.
Hier ennemies, les deux capitales sont aujourd'hui alliées pour sauver leur réputation internationale (Rwanda) ou éviter la déstabilisation (Congo). Un ennemi commun, les FDLR, a été trouvé pour sceller cette union de circonstance (ou contre nature?). Ce renversement d’alliances avait été scellé dans un accord aux clauses secrètes signé le 5 décembre entre le Rwanda et la RDC, en vue d’une opération conjointe contre les Fdlr. Avec de forts encouragements internationaux (les Etats-Unis fournissent des écoutes électroniques destinées à localiser une vingtaine de responsables des FDLR considérés comme les plus extrémistes), le Rwanda et le Congo ont donc monté une opération conjointe contre les rebelles hutus.
Fin de la guerre CNDP-FARDC et début de la guerre FARDC-RDF contre les FDLR. Comme si jamais les armes ne devaient se taire au Kivu empêchant les populations locales à vivre en paix.
Quelles que soient les causes profondes de cette nouvelle guerre, on sait toujours comment une guerre commence, mais jamais quand elle se termine. Ce que l’on sait c’est que l’armée rwandaise est rentrée officiellement en RDCongo dans le cadre d’une opération conjointe Rdcongo – Rwanda contre les Fdlr. Remake de 1996? La question reste posée. Après deux agressions contre la RDC, en 1996 et 1998, l’armée rwandaise n’a jamais réussi à déloger les FDLR, même avec l’appui de l’AFDL et du RCD-Goma. Le CNDP n’a pas fait mieux. Il a préféré faire la guerre contre les FARDC plutôt que de traquer les FDLR.
Si cette opération est conforme aux accords du 5 décembre 2008 signés à Goma entre les responsables congolais et rwandais, accords dont le contenu n’est pas connu, la question est celle de savoir si cette opération a été planifiée en évaluant toutes les conséquences. Notamment, la durée de cette mission militaire, la protection des populations, l’implication de la Monuc, de l’Union européenne et du Parlement congolais.

Plusieurs éléments d’une crainte énorme.
On peut se demander avant tout, pourquoi on a décidé une opération de type militaire contre les Fdlr, sans donner la priorité au dialogue et aux négociations, comme on a fait avec le Cndp de Laurent Nkunda.
Jusqu'à présent, on a toujours parlé des Fdlr et contre les Fdlr, mais toujours sans eux. Ils n'ont pas été invités aux discussions de Nairobi (novembre 2007), ni à la Conférence de Goma (janvier 2008).
La seule fois qu'on a parlé avec eux, ça a été en mars 2005, à Rome (Italie), sous la médiation de la Communauté de S. Egidio et à la présence des représentants du gouvernement congolais. Les représentants du gouvernement rwandais étaient absents et pourtant les membres des Fdlr sont des rwandais. Pourquoi telle absence? Pour éviter, peut-être, ce dialogue inter rwandais très réclamé par les Fdlr et très évité par le régime rwandais? Pourquoi la Communauté Internationale qui, jusqu'à présent avait crié haut et fort que la voie militaire ne peut pas représenter une solution à la crise de la Région des Grands Lacs, en général et du Kivu, en particulier, approuve maintenant cette opération militaire, en la présentant comme un pas en avant dans la collaboration initiale entre Rwanda et RDCongo?
Pourquoi l'opération a-t-elle été décidée complètement en marge des Institutions de la Province et de l'État, le Parlement congolais et l'État-major des Fardc, en particulier, qui n'ont pas été consultées, ni impliquées, comme, d'autre part, la même Mission de l'Onu en RDCongo (Monuc)?
Pourquoi a-t-on confié le commandement de l'opération à l'inspecteur général de la Police congolaise, au lieu du Chef de l'État-major des Fardc, comme il aurait été normal?
Le ministre congolais de la communication et porte-parole du gouvernement avait annoncé la participation d'observateurs militaires rwandais pour se rendre compte du cours des opérations et constater la bonne foi du gouvernement par rapport à la neutralisation des Fdlr. On attendait l'arrivée de quelques dizaines d'observateurs, bien que accompagnés de leurs personnels de service et de leurs gardes du corps pour leur "sécurité". Comment expliquer une arrivée si massive de troupes rwandaises, jusqu'au chiffre d'environ 5000, ou peut-être plus, soldats rwandais? Le ministre avait assuré que seraient les Fardc à réaliser les opérations, mais il résulte que sont plutôt les troupes rwandaises à avancer et que les Fardc suivent immédiatement derrière.
Quelles mesures ont été prises pour la protection de la population civile, afin d'éviter les dommages collatéraux sur les civils? Comment distinguer un Hutu congolais d'un Hutu rwandais réfugié, vu qu'ils sont en train de cohabiter dans les mêmes villages? Comment distinguer un rwandais civil désarmé d'un milicien rwandais en tenue civile? On a vérifié que 70% des membres des Fdlr sont des jeunes d'âge inférieure aux 25 ans. Est-ce que, eux aussi, seront considérés comme des "génocidaires", même si à l'époque des événements de 1994, ils n'étaient âgés que de 10 ans? Ou est-ce qu'ils seront considérés comme les "fils de génocidaires", avec une "idéologie génocidaire" et donc poursuivables? Il n’est que d’espérer qu'ils soient considérés comme les autres jeunes avec un grand désir de vivre simplement en paix. Les Congolais qui essayeront de s'opposer, toutes éthnies confondues, inclus les rwandophones, ne seront-ils pas soupçonnés d'être complices des Fdlr? En commençant l'opération depuis la zone de frontière, on ne repoussera pas vers l'intérieur de la RDCongo ceux que l'on voudrait rapatrier au Rwanda? Veut-on simplement les disperser dans la forêt, pour qu'ils continuent à représenter un alibi, un prétexte pour d'autres occasions?
Nombreux sont les points obscurs, les doutes et les craintes, dès que l'opération a été décidée, préparée et déclenchée dans l'opacité la plus grande.
Pourquoi toutes ces contradictions? Pourquoi tant de secrets? Y-a-t-il quelque chose à cacher?
À ce point, on peut s'attendre à n'importe quoi. Inclus des massacres généralisés. Déjà dans leur déclaration du 13.11. '08, les évêques congolais avaient dénoncé "un vrai drame humanitaire qui s'apparente à un génocide silencieux qui est en train de se dérouler sous les yeux de tous". Ne devrons-nous déplorer dans un prochain avenir un nouveau génocide "à huis clos", loin des caméras de télévision des journalistes, loin des forces internationales de peace kipping et loin des organisations d'intervention humanitaire? Ou s'agirait-il finalement d'une invasion de troupes étrangères, en vue d'une occupation du territoire par un Pays Tiers? L'expérience d'un passé encore très récent rappelle que cela a toujours été l'objectif des deux guerres précédentes (1996-1997 et 1998-2003), présentées avec ruse à l'opinion internationale comme des guerres de "libération", mais avec la triste conséquence d'avoir causé, directement ou indirectement, la mort de 5 millions de Congolais et l'exploitation illégale des ressources minières de la RDCongo, en général et du Kivu, en particulier.
Beaucoup de fois les évêques congolais ont dénoncé, sans ambiguïté, l'œuvre de déstabilisation vis-à-vis de l'État et la tentative de balkanisation de la RDCongo, visant la création de "états nains". Autant de fois ont réaffirmé, avec toute leur force, les valeurs constitutionnelles de l'unité du peuple congolais, de la souveraineté nationale et de l'intangibilité des frontières.
Ce sera le peuple congolais, c'est-à-dire les gens simples de la rue, des villages, des marchés, des champs, parce qu'elles ont beaucoup, trop souffert, qui sauront trouver de nouveaux chemins cohabitation, de dialogue, de solidarité et de collaboration pour construire ensemble la Paix .


NORD KIVU

Une vraie fausse cessation des hostilités

Le 16 janvier, dix officiers du CNDP accompagnés de Bosco Ntaganda , chef d’état-major de ce mouvement, ont déclaré la fin des hostilités contre les Fardc et la mise à la disposition du haut commandement des Fardc de toutes les forces combattantes du CNDP, en vue de leur intégration au sein de l’armée nationale. Par ailleurs, le CNDP déclare que ses troupes sont prêtes à participer à la mise en œuvre du plan conjoint établi par le Rwanda et la RDC, plan qui prévoit des opérations militaires contre les combattants hutu rwandais, les FDLR. Sur un autre chapitre, le CNDP déclare que toutes les barrières érigées par son mouvement et les FARDC sont désormais levées pour permettre la libre circulation des personnes et faciliter notamment le retour des déplacés dans leurs milieux. Le CNDP espère ainsi que le gouvernement va accélérer la promulgation de la loi d’amnistie couvrant les faits insurrectionnels et de guerre, conformément aux actes d’engagement de Goma. C’était en présence du chef d’état-major de l’armée rwandaise James Kabarebe et de John Numbi, chef de la police de la RDC et du ministre congolais de l’Intérieur, Célestin Mbuyu.

Le 17 janvier, le gouvernement de la RDC se dit satisfait de cette déclaration. Pour Lambert Mende, le gouvernement est prêt à transformer ce mouvement en parti politique, et ainsi faciliter la réintégration, dans l’armée régulière, de ceux qui le désirent.

Pour Eve Bazaiba, parlementaire et membre de l'Opposition, le problème de fond n'a pas été abordé avec les interlocuteurs valables. Eve Bazaïba, sénateur MLC, affirme que son parti veut une paix durable négociée et non manigancée: «Nous voulons une paix globale et durable. Nous ne voulons pas d’une paix négociée dans la manipulation, travaillée avec une aile dissidente, avec une personne qui ne maîtrise pas toutes les données, qui n’a pas l’imperium du pouvoir dans leur domaine. Ce n’est pas en tournant autour du pot, en perdant du temps, en faisant du théâtre, que nous allons trouver une solution durable».

Les Patriotes résistants congolais (Pareco) s’engagent aussi à cesser les hostilités à l’encontre du CNDP, acceptent de mettre leurs troupes à la disposition des FARDC et de favoriser la libre circulation des personnes et de leurs biens. Le Pareco demande au gouvernement de restaurer l’autorité de l’Etat dans leurs entités, et que le gouvernement mette en application le plan conjoint sur les FDLR, en vue de mettre fin au conflit dans la région, et permettre ainsi le retour des réfugiés et déplacés congolais. Sendugu Museveni, président du Pareco, explique: «Quand le CNDP dit qu’il cesse les hostilités, nous ne voyons pas pourquoi nous pourrions continuer avec la guerre, alors que notre naissance, c’était [à cause] du CNDP».

Les militants des droits de l'homme craignent que Ntaganda, surnommé "Terminator", en raison des crimes commis par ses troupes dans l'est congolais, ne soit réhabilité alors qu'il est recherché par la Cour pénale internationale. Il est accusé d'avoir recruté des enfants de moins de 15 ans pour participer au conflit interethnique dans la région de l'Ituri, dans l'est de la RDCongo. "Tout ce qui ne se termine pas en arrestation de Bosco Ntaganda est une violation flagrante du droit international", a affirmé Anneke Van Woudenberg, chercheuse associée à Human Rights Watch. "Nous jugeons prioritaire de travailler avec Ntaganda pour ramener la paix. Le reste viendra plus tard", a estimé pour sa part le ministre congolais de l'Information, Lambert Mende.
En effet, une mission congolaise a été envoyée à La Haye, pour tenter d'obtenir que la Cour pénale internationale (CPI) gèle les poursuites pour crimes de guerre contre Bosco Ntaganda.

Le 23 janvier, un communiqué de Human Rights Watch réclame l’arrestation du général Bosco Ntaganda, actuel chef d’état major du CNDP et son transfert à la Cour pénale internationale, CPI.
Anneke Van Woudenberg, chercheuse à Human Rights Watch, affirme: «Il a commis des crimes graves en Ituri. C’est quelqu’un qui continue avec des atrocités, c’est quelqu’un qui n’est pas un partenaire fiable, ni pour le gouvernement congolais, ni pour le CNDP, ni pour le gouvernement rwandais. je doute vraiment qu’on ait une paix durable avec ce type de personne. On doit arrêter cette culture d’impunité, et on n’arrive pas à une paix durable avec des gens qui ont commis ces types de crimes».

À l’analyse de la situation, on est en train d’assister à une entente entre trois parties, comme un billard à trois bandes. D'abord, Kigali redore son blason international et obtient ce qu'il demande depuis toujours: la chasse aux FDLR. Kinshasa neutralise Nkunda et espère pacifier le Kivu. M. Bosco devient chef du CNDP. De plus, le général Bosco, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d'enfants dans le district de l'Ituri, frontalier du Nord-Kivu, "a vraisemblablement obtenu des garanties de Kinshasa pour ne pas être livré" à la justice internationale.

Entrée de troupes rwandaises au Nord Kivu

Le 20 janvier, des troupes de l’armée rwandaise sont entrées au nord de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo RDCongo) pour le début d'une opération de traque conjointe avec l'armée congolaise des rebelles hutus rwandais réfugiés en RDC. De 800 à 1.500 soldats de l'infanterie rwandaise sont arrivés à Kibumba, à 35 km au nord de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu. Les gouvernements rwandais et de RDC avaient annoncé le 5 décembre leur intention de combattre ensemble les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), réfugiés dans l'est deRDC depuis le génocide au Rwanda de 1994.

Le 21 janvier, le porte-parole militaire de la Monuc, Jean-Paul Dietrich, a déclaré que de 3.500 à 4.000 soldats rwandais ont pénétré, en deux jours seulement, dans la province du Nord-Kivu. Deux principales colonnes de militaires rwandais ont été signalées. L'une (1500 soldats) fait route vers les localités de Mushaki et Masisi", à l'ouest de Goma. La seconde (2000 soldats) a pris la direction du nord, vers le territoire de Rutshuru, en transitant par Rugare, Rumangabo et Katale. Des éléments de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (Cndp), conduits par leur chef d’état-major, le général Bosco Ntaganda, sont associés à cette opération conjointe. Une faction des Patriotes résistants congolais (Pareco), milice pro-gouvernementale, participe également à l’opération.

Le 22 janvier, des soldats rwandais et congolais se sont dirigés depuis Rutshuru vers la localité de Bunangana, fief de Laurent Nkunda situé 30 km plus à l'est. Selon des informations en provenance du front, aucun combat n'aurait encore été signalé, mais les troupes rwandaises seraient passées à 6000 hommes en l'espace de trois jours. L'entrée de troupes rwandaises a suscité inquiétude et interrogation parmi les populations locales, éprouvées par les précédentes interventions de Kigali (1996-97 et 1998-2002) en RDC en appui à des rébellions congolaises hostiles aux régimes en place à l'époque à Kinshasa. "Nous sommes inquiets de voir les FARDC (Forces armées de RDC) venir avec les militaires rwandais qui nous combattaient auparavant", a réagi Adeline, 30 ans et mère de cinq enfants, à la sortie de Rutshuru. "Les FDLR sont dans la brousse. Comment les soldats rwandais vont-ils différencier les civils des FDLR", s'est interrogé Gaspard, 40 ans, agriculteur. "C'est encore nous qui serons victimes".
Dans ce contexte, les négociations entre le CNDP et Kinshasa, qui avaient débuté le 8 décembre et devaient reprendre lundi à Nairobi, ont été reportées à une date indéterminée.

Selon un communiqué publié par le Bureau de Goma de l’ambassade des Etats-Unis et le programme de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinsertion et Réintégration (DDRRR) de la Monuc, l’équipe DDRRR de la Monuc s’est rendue par hélicoptère à Kasiki (Nord Kivu), où se trouve un groupe de 187 membres (80 combattants et leurs familles) du Rassemblement pour l’Unité et la Démocratie (RUD), un groupe issu des FDLR et est revenue avec 11 anciens combattants et membres de familles. Ces personnes représentent un groupe plus large de 400 ex-combattants du RUD qui ont exprimé le souhait de rentrer au Rwanda en juin 2008. Ils participeront à une visite d’une ou deux semaines au Rwanda pour s’enquérir des réalités sur le terrain, avant de rentrer à Kasiki pour rendre compte de ce qu’ils auront vu. Le groupe sera rapatrié à partir du quartier général du programme DDR/DDRRR à Goma le 23 janvier, à 10h00 du matin. Les autorités rwandaises seront sur place pour accueillir le groupe et faciliter leur visite. Les membres de la presse sont conviés à couvrir l’évènement.
Leur porte-parole, le colonel Jean-Michel Afrika, assure: "Nous avons désarmé volontairement, mais malheureusement les autorités rwandaises ne nous offrent toujours pas les garanties nécessaires à notre retour". "Nous restons des opposants", ajoute-t-il, en demandant l'ouverture d'un "dialogue politique avec le Rwanda". Alors que les troupes rwandaises et congolaises avancent, il affirme: "Nous n'avons eu aucune garantie, ni de Kinshasa, ni de Kigali, que nous ne serons pas attaqués. L'objectif de cette offensive est de nous anéantir". "Il s'agit d'exterminer nos gens dans les forêts, pas de les désarmer", renchérit le colonel Gaheza, qui estime que "Kigali manipule une nouvelle fois les Congolais".

Le 23 janvier, un groupe de combattants des FDLR est arrivé à Kigali pour une "mission exploratoire" pour sensibiliser après leurs compagnons d'armes toujours dans le maquis (à l'est de la RDC), afin qu'ils rentrent volontairement au Pays. Le président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Ignace Murwanashyaka, a catégoriquement nié cette information, la qualifiant de "propagande pure et simple". "Il n'y aucun combattant FDLR qui a fait défection suite à cette opération; s'il y a des combattants qui sont rentrés, ce doit être les quelques soldats du RUD" (Rassemblement pour l'unité et la démocratie), faction dissidence des FDLR, a martelé Murwanashyaka, joint au téléphone en Allemagne.

L'envoyé spécial du président rwandais pour la région des Grands Lacs, Joseph Mutaboba, a accusé la Mission de l'ONU en RDCongo (Monuc) de "manipulation" sur le nombre de soldats rwandais déployés dans l'est de la RDCongo. Il n’a pas toutefois révéler le nombre de soldats envoyés par le Rwanda en RDC. Le jour antérieur, le porte-parole de l'armée rwandaise, le major Jill Rutaremara, avait simplement indiqué que les effectifs rwandais en RDC relevaient du "secret défense".
Lambert Mende, ministre congolais de la communication, accuse la Monuc de vouloir semer la peur dans le cœur des Congolais, en exagérant le nombre de soldats rwandais présents sur le territoire congolais dans le cadre de l’opération militaire conjointe entre les deux pays. le ministre ajoute que la Monuc n’a pas été envoyée pour exercer une tutelle sur la République démocratique du Congo et que le gouvernement n’avait donc pas à l’impliquer dans toutes les opérations qu’il montait.

Une réunion interinstitutionnelle a regroupé, autour du chef de l’Etat Joseph Kabila, les présidents de 2 chambres du parlement et le premier ministre sur la situation qui prévaut à l'Est de la RDC. Deux questions majeures y ont été abordées : les opérations conjointes FARDC- Unités ougandaises dans la province Orientale contre la LRA et celles menées par les FARDC et les éléments de renseignements du Rwanda au Nord-Kivu contre les FDLR. Selon le communiqué qui a sanctionné cette rencontre, les premières opérations, celles de la Province Orientale, dureront 21 jours à dater de vendredi 23 janvier. Et celles du Nord-Kivu contre les FDLR, elles dureront 15 jours, à dater du déclanchement effectif des opérations contre les rebelles hutus rwandais.

La Monuc demande à toutes les forces du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de profiter" de l'arrestation de Nkunda "pour prendre part au processus de réintégration" dans l'armée régulière. A ce sujet, Nkunda avait toujours refusé que des soldats «banyamulenge» soient affectés hors du Kivu. Si le CNDP reconnaît maintenant les institutions de la République, obéissance et respect à la Constitution, cette question est élaguée pour autant qu’elle a été résolue depuis Sun City. Dans ce cas, le brassage devrait répondre aux exigences de la restructuration d’une armée réellement nationale et républicaine. Dans l’hypothèse où l’exigence demeure, on n’aura pas encore quitté l’auberge.

Le 24 janvier, le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich, a déclaré qu’au moins 5.000 soldats rwandais sont déployés au Nord-Kivu, dans le cadre de l'opération conjointe avec l'armée congolaise contre les rebelles hutu rwandais. Une précédente estimation de la Monuc faisait état de 3.500 à 4.000 soldats rwandais qui avaient pénétré sur le territoire congolais, dans la province du Nord-Kivu, avec l'accord de Kinshasa. Ces troupes rwandaises ont depuis leur arrivée, pénétré en profondeur en territoire congolais, se dirigeant vers les sanctuaires des FDLR. Cette avancée permet aussi aux forces armées congolaises de reprendre des positions qui jusqu'à maintenant étaient occupées par les rebelles du CNDP.

L'état-major conjoint de l'opération a déclaré dans un communiqué que les premiers combats entre la coalition des armées de Kigali et Kinshasa et les rebelles hutu rwandais ont commencé. "Neuf FDLR ont été tués et un FARDC blessé à Mitimingi, localité située au sud du territoire de Lubero", a-t-il affirmé.

Le 25 janvier, les rebelles hutu rwandais des Fdlr ont nié que 9 de leurs combattants ont été tués par les armées rwandaise et congolaise, affirmant n'avoir pas encore été impliqués dans des combats. "Tout cela n'est que mensonge. Ils n'ont tué aucun de nos hommes, pour la simple raison qu'il n'y a pas encore eu d'affrontements entre nos troupes et cette coalition", a commenté le président des FDLR, Ignace Murwanashyaka qui a de son côté affirmé que neuf militaires de l'armée congolaise avaient été tués dans des affrontements entre la coalition et des miliciens congolais Maï-Maï, à Cyamakala, dans le territoire de Lubero.

Réactions et déclarations

Le 20 janvier, le Lieutenant-Colonel Jean-Paul Dietrich, porte-parole militaire de la Monuc à Kinshasa, a précisé que "la Monuc n'a pas été associée à la planification" de l'opération et "n'y participe pas".

Le ministre congolais de la Communication et des Médias et porte parole du gouvernement, Lambert Mende, confirme la présence des unités rwandaises à Kibumba. Selon Lambert Mende, elles assisteront aux opérations conjointes de désarmement des rebelles rwandais FDLR et Interahamwe encore sur le sol congolais à l’Est du pays. Il y a plus d’un mois et demi, le gouvernement congolais avait annoncé qu’il invitait les unités de renseignement rwandais pour observer les opérations forcées ou volontaires de désarmement des rebelles rwandais. Lambert Mende explique: «La semaine dernière, le gouvernement a annoncé à l’opinion qu’il entreprenait les opérations de désarmement forcé. Eh bien, ces opérations vont commencer. Les observateurs, c’est à dire les unités de renseignement rwandais, c'est-à-dire les officiers et les troupes qui sont affectés à leur intendance, à leur sécurité, viennent d’arriver. Les opérations - si on arrive aux opérations de désarmement forcé - seront menées par des troupes FARDC avec le concours de la Monuc et doivent durer 10 à 15 jours».

Le gouvernement de Kigali a confirmé que des troupes rwandaises étaient entrées en RDCongo dans le cadre d'une opération conjointe avec l'armée congolaise "pour neutraliser les rebelles" hutu rwandais basés en RDC. La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Rosemary Museminali, a toutefois refusé de révéler le nombre de soldats rwandais engagés en RDC et la durée de l'opération.

Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé mardi que l'entrée des troupes rwandaises en RDCongo était "le début de la solution" aux problèmes de la région. L'opération de l'armée rwandaise, qui doit aider à traquer les rebelles hutu rwandais, "constitue un signe tangible de la coopération qui s'est établie entre les deux pays", a indiqué le commissaire belge dans un communiqué. Le commissaire a demandé aux Fdlr de déposer les armes et de s'abstenir de toute action contre les populations civiles.

Le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a qualifié de « grave » l’entrée de l’armée rwandaise en RDC, déplorant de n'avoir pas été informé du déclenchement de l'opération. "L'Assemblée nationale avait adopté en octobre 2008 un plan de sortie de crise" pour le rapatriement des FDLR qui a été "soumis au gouvernement comme recommandation", a-t-il ajouté.
"Dans ce plan (de l'Assemblée), il y a des volets politique, diplomatique et militaire avec l'intervention des troupes de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe)", a précisé M. Kamerhe. Il a reconnu que le plan contenait une petite concession faite au Rwanda, pour le rassurer, celle de pouvoir envoyer quelques éléments de renseignement pour voir comment les opérations iraient se dérouler sur le terrain. C'était pour montrer la bonne foi du gouvernement congolais. Une autre question est de savoir, comment vont-ils faire pour distinguer les Hutus des Interhamwe, distinguer les Congolais, des génocidaires rwandais qu'ils viennent chasser sur le territoire congolais. A-t-on pensé aux dégâts collatéraux, puisqu'une autre opération similaire est en train de se dérouler dans la province Orientale? S'est on aussi inquiété de "l'état d'esprit des populations congolaises, qui viennent à peine de sortir du traumatisme rwandais" provoqué par les précédentes agressions, la conséquente occupation du territoire congolais, l’exploitation illégales des ressources naturelles et une succession de rébellions locales soutenues par Kigali depuis 1996?

Les représentants des communautés du Nord Kivu à Kinshasa se disent surpris et indignés par le retour des soldats rwandais sur le sol congolais. Dans un communiqué, devant cet inquiétant développement de la situation, ressenti comme une nouvelle agression rwandaise cautionnée par certains fils du pays animés par des intérêts personnels aux contours obscurs, ils dénoncent ce qu’ils appellent le caractère illégal et anticonstitutionnel de cette opération engagée, selon eux, par des personnes non habilitées. Selon les signataires du communiqué, les Congolais du Kivu, qui s’attendaient à voir tous les déplacés et réfugiés congolais retourner dans leurs milieux d’origine, se voient plutôt imposer une nouvelle guerre entre étrangers sur leur sol, synonyme de nouvelles atrocités, de nouveaux génocides, de la poursuite de l’extermination des populations locales en vue d’un dépeuplement systématique. Toujours dans le même communiqué, ces communautés fustigent l’absence d’un accord cadre déterminant les termes de référence, les limites spatio-temporelles, le rôle de chaque intervenant, les conditions d’arrêt, et surtout le chronogramme du retrait rapide et obligatoire des militaires rwandais du territoire congolais. Ces communautés fustigent également l’absence de mesures de protection des populations au cours des opérations à venir, au regard des grandes faiblesses observées dans les opérations menées contre les rebelles de la LRA en Province Orientale. Eu égard à ce qui précède, les communautés du Nord-Kivu condamnent cette trahison et se réservent le droit d’user de tous les moyens à leur disposition pour faire échec à ce plan diabolique dont la finalité manifeste est de matérialiser la balkanisation de la RDCongo. Elles demandent par conséquent que l’armée rwandaise retourne chez elle sans délai et que le gouvernement congolais mette un point final à la présence rwandaise en RDCongo. Elles demandent au gouvernement de s’abstenir, en cas d’opérations nécessitant des interventions étrangères, d’utiliser le voisin problématique, et de se tourner vers d’autres partenaires, tels que la Sadec, qui devront opérer sous un mandat international. Proposent à la communauté internationale d’inciter le Rwanda à organiser un dialogue inter rwandais pour mettre fin à ses contradictions interne et non les exporter indéfiniment en RDCongo.

Le 21 janvier, un groupe de sénateurs représentant quatre provinces du pays ont eu une entrevue avec le président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo. Ils sont allés s’enquérir de la situation concernant l’entrée des troupes rwandaises dans l’Est du pays, ainsi que de la situation sur terrain en rapport avec l’offensive des armées de l’Ouganda, du Sud-Soudan et de la RDC contre la rébellion ougandaise de la LRA (Armée de résistance du seigneur).
Le sénateur Boniface Balamage, qui a fait partie de cette délégation, revient sur cette rencontre : «Nous sommes allés voir le président, pour que celui-ci puisse voir le Premier ministre ou le Président de la République, pour s’enquérir du chronogramme de l’entrée des troupes rwandaises. Ils doivent entrer à combien, quand est-ce qu’ils retournent chez eux ? Nous sommes aussi allés exprimer nos inquiétudes. Car, quand vous regardez la situation en Province Orientale, c’est la population qui paie le lourd tribut. Nous avons les mêmes craintes que ceci ne se produise lorsque l’armée rwandaise et l’armée congolaise vont commencer à attaquer les Interahamwe.
Le gouvernement l’a fait sans en informer l’opinion nationale et internationale, la Monuc n’est pas associée à ces opérations, et les gens qui signent ces accords-là, c’est des personnes qui, visiblement, n’ont pas qualité même si elles ont été mandatées. Ç’a été signé par le commandant de la police. Les ministres qui sont concernés parce qu’ils ont en charge ces questions-là, n’ont pas été présents. Le président du Sénat nous a dit que lui-même n’était pas informé, mais qu’il avait rendez-vous avec le chef de l’Etat, qui va sûrement lui dire les tenants et les aboutissants de la présence des troupes rwandaises». Ces sénateurs ont également déclaré qu’ils envisageaient demander la convocation d’une session extraordinaire par pétition, si les informations qui leur seront apportées ne les satisfont pas. Une session où pourrait être interpellé le Premier ministre va être convoquée.

Des partis politiques rwandais en exil ont qualifié de "mauvais choix" l'opération militaire conjointe de la RDCongo et du Rwanda contre les rebelles hutu rwandais basés dans l'est de la RDC, martelant qu'il fallait privilégier le "dialogue". "L'usage de la force est un mauvais choix. Il faut toujours privilégier la voie du dialogue. Dans toute la région, il n'y a que le régime (du président rwandais Paul) Kagame qui a refusé de dialoguer avec son opposition", a déclaré la présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), Victoire Ingabire. "Il n'y a pas de solution militaire à des problèmes politiques", a-t-elle estimé. "En 1998-2000, l'armée rwandaise était au Congo et n'a pas réussi à traquer ou désarmer les FDLR: de quelles stratégies nouvelles dispose-t-elle pour le moment?", s'est-elle interrogée.

Pour Maître Mbuyu, du Pprd, les décideurs politiques savaient que la contrepartie du désengagement de Laurent Nkunda devrait être la permission pour le Rwanda de venir dans une opération militaire conjointe contre les FDLR. Germain Kambinga, secrétaire permanent chargé de la communication du MLC, exhorte les tenants du pouvoir à privilégier l’intérêt supérieur de la nation dans la prise de décisions: «Ce que nous espérons, est que le pouvoir en place, qui exerce celui-ci au travers son adhésion au serment constitutionnel de la protection de notre territoire et de la défense de notre souveraineté et intégrité nationale, prend toutes ces décisions en connaissance de cause et que jamais l’intérêt supérieur de la nation ne sera menacé». Pour lui, cette décision reste grave en termes de responsabilité. Valentin Mubake, président du comité national de l'UDPS, s'oppose à la manière dont l'opération conjointe est menée. Il explique: «Nous sommes pour la traque des FDLR. Mais, nous ne sommes pas d’accord avec la manière, avec les accords tenus secrets au niveau de deux gouvernements sans que la population congolaise soit informée des tenants et des aboutissants de cette opération. Nous, nous y opposons. Parce qu’il nous semble que cette opération cache quelque chose d’autre que la traque des FDLR. Un bataillon qui entre, c’est 3.000 et 4.000 hommes, deux bataillons qui entrent, c’est 6.000 et 8.000 hommes. Où ces gens vont-ils se déployer ? Sous quel commandement vont-ils travailler ? Combien de temps vont-ils faire ? Nous demandons au gouvernement congolais d’appliquer la décision de l’Union Africaine, qui préconise de constituer une force africaine pour désarmer les forces de FDLR».

Dans un communiqué, les FDLR "condamnent haut et fort la guerre en cours". Selon les FDLR, les soldats rwandais "vont commencer leur sale besogne d'exterminer les réfugiés hutus rwandais, rares rescapés du génocide commis par le FPR (Front patriotique rwandais, ex-rébellion tutsi aujourd'hui au pouvoir à Kigali) et ses alliés contre eux dans les années 1996-1998 dans l'est de la RDC", affirme le communiqué. Le mouvement réaffirme son engagement à cesser la lutte armée, pris dans la déclaration signée à Rome le 31 mars 2005 “et demande encore une fois à l’exécutif de Kigali de s’asseoir à la même table pour trouver une solution pacifique au problème politique rwandais”.

Le 22 janvier, le ministre congolais de la communication, Lambert Mende, a encore déclaré qu’il n’y a pas d’invasion rwandaise. Il a précisé que les unités de renseignements rwandaises ont été invitées par le gouvernement congolais pour une mission d’observation des opérations de désarmement forcé des rebelles FDLR et Interahamwe, par les FARDC.
Dans une déclaration faite à Kinshasa, la coalition de députés nationaux du Sud Kivu demande au gouvernement et au président de la République d’arrêter ces opérations militaires contre les FDLR. Pour ces parlementaires, le Rwanda ne peut pas être juge et partie. Ils s’inquiètent aussi des conséquences sur les populations civiles.
Le groupe Jérémie aussi, une association de défense des droits humains, exprime, dans un communiqué, sa crainte de voir ces opérations toucher durement les populations civiles.

A Kigali, on assure que l’offensive est placée "sous le haut commandement" de l'armée congolaise et que les troupes rwandaises ne font que "prêter main forte". Mais "le commandement congolais n’est qu’une façade, selon André Guichaoua, professeur à la Sorbonne et spécialiste du Rwanda. Cette opération est avant tout rwandaise même si elle fait semblant de permettre aux autorités congolaises d’accéder à des zones dont elles n’avaient plus accès depuis longtemps". La situation est assez "paradoxale", selon André Guichaoua, car si le Rwanda a soutenu de nombreuses rébellions dans l’est du pays, empêchant Kinshasa d’y exploiter les ressources minières importantes, aujourd’hui "c’est le Rwanda qui permet à Kinshasa d’avoir à nouveau accès à ces territoires…". C’est bizarre.

Selon des experts, le président congolais Joseph Kabila prend, , "un risque politique énorme" en acceptant des soldats rwandais dans son pays, même si les intérêts de Kinshasa et Kigali convergent vers une alliance objective: vaincre leurs rébellions respectives. Selon un diplomate à Kinshasa, "Kabila doit faire très vite une campagne d'information pour expliquer à la population, ils ne vont pas avaler ça comme ça". En autorisant des soldats rwandais à traquer des rebelles hutu des Fdlr Kinshasa a répondu à la demande constante de Kigali de les neutraliser. Le Rwanda chasse les FDLR, et en échange, Kigali aide Kinshasa à se débarrasser de Nkunda, ennemi juré du président congolais, en ralliant l'essentiel des commandants de son mouvement - le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) - aux FARDC. Mais "si les Rwandais restent plus de 15 jours, ou si des massacres de civils ont lieu, ce sera catastrophique", poursuit le diplomate.

Le 23 janvier, le Mouvement de libération du Congo, MLC, parti du sénateur Jean-Pierre Bemba, exige la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale afin d’examiner la question de la présence des troupes rwandaises en territoire congolais, car estime-t-il, le parlement n’a pas été consulté à cet effet. Le secrétaire général du parti François Mwamba l’a déclaré à Kinshasa, au cours d’un point de presse, en affirmant: «Le MLC dénonce le manque de transparence qui a entouré la signature de l'accord ayant conduit au retour des troupes rwandaises en RDC. Ni l'identité, ni la qualité des signataires (...), encore moins les limites de la zone opérationnelle et des effectifs rwandais autorisés ne sont connus». Il a précisé: «En tant que patriotes, nous voulons savoir à quel prix s’est faite cette nouvelle alliance Kinshasa-Kigali. Quel est le prix? Ceux qui aujourd’hui disent avoir signé un accord, qu’est-ce qu’il y a derrière les mots qui ont été accouchés sur des feuilles de papier ? Nous voulons savoir si on engageait la République démocratique du Congo, à quoi on nous a engagés».

Arrestation de Laurent Nkunda

Le 22 janvier, selon un communiqué signé par John Numbi , inspecteur général de la police de RDC et chef de l’état major des opérations conjointes FARDC et éléments des renseignements des Forces de défense rwandaises (RDF), Laurent Nkunda a été arrêté à 22h30, alors qu'il fuyait en territoire rwandais après avoir résisté avec trois bataillons à Bunagana. Il est, depuis, aux arrêts dans un endroit "resté secret" au Rwanda. (Laurent Nkunda serait "en résidence surveillée à Gisenyi", localité rwandaise située en face de Goma, capitale du Nord-Kivu, a indiqué pour sa part une source proche de la rébellion en RDC).

Le 23 janvier, le gouvernement de la RDCongo se dit satisfait de l'arrestation de Laurent Nkunda, détenu au Rwanda, et souhaite son extradition, pour l’emmener devant la justice congolaise, en l’occurrence la cour militaire qui avait émis depuis 2005 déjà un mandat d’arrêt contre lui pour différentes incriminations.
Le porte-parole de l’armée rwandaise a confirmé devant la presse à Kigali l’arrestation de Laurent Nkunda et sa détention dans la ville rwandaise de Gisenyi. Le général Rutaremara a déclaré que son gouvernement entendait réserver une suite politique et non judiciaire au problème de Nkunda.
Amani Bahati, le porte-parole de Laurent Nkunda en France, assure de son côté que le général a entamé des "pourparlers avec l’armée rwandaise" et qu’"il n’y a pas eu d’arrestation spectaculaire comme on essaye de le faire croire". Il accuse Kigali de faire de la "realpolitik" en faveur de son nouvel allié congolais.

Le 25 janvier, le porte-parole de l'armée de Kigali, le commandant Jill Rutaremara, a affirmé que Nkunda se trouve bien au Rwanda, mais n'est pas en prison. "Il y a une différence entre arrêter quelqu'un et le mettre en prison. Tout ce que je peux dire c'est qu'il est en sécurité", a-t-il ajouté, se refusant à fournir plus de précisions.


POUR UNE LECTURE DE LA REALITE

L’armée rwandaise est rentrée encore une fois en RDCongo et, cette fois, même invitée par le gouvernement congolais, en vue d’une opération conjointe FARDC-RDF contre les Fdlr.
Ces opérations conjointes entre les FARDC et les RDF (l’armée rwandaise) contre les FDLR, suscitent certaines inquiétudes.
D’abord, l’armée congolaise, en pleine restructuration, devrait bénéficier du concours de la Monuc. Ce qui n’est pas fait, pour autant que les autorités de la Monuc affirment qu’elles ne sont pas concernées par cette opération.
Ensuite, ces opérations sont concordées entre deux armées dont l’une a une supériorité de feu évidente, en l’occurrence l’armée rwandaise, alors que les FARDC souffrent d’un manque d’expertise et de motivation. Tout porte à croire que ce sont les militaires rwandais, conjointement avec les éléments du CNDP, qui vont mener les opérations sur terrain et que l’armée congolaise assumera un rôle secondaire.
Finalement, vu le déploiement des FDLR sur le territoire congolais (Lubero, Walikale, Masisi, Rutshuru, Maniema et plusieurs localités du Sud-Kivu), il se révèle que ces opérations prendront assez de temps et exigent des moyens matériels et humains importants. Conséquence, l’armée rwandaise va s’installer pendant un temps relativement long au Kivu. Une zone qui échappera alors totalement à la gouvernance de Kinshasa. Au regard de ce qui se passe dans la région des Grands Lacs, l’homme averti ne peut-il pas penser qu’effectivement le Rwanda est occupé à prendre le contrôle de l’Est de la RDCongo?

Dans le spectaculaire retournement d'alliance avec Kinshasa, le Rwanda doit respecter le contrat. En échange de son intervention en territoire congolais pour traquer les FDLR, le régime de Kigali doit aider Joseph Kabila à se débarrasser de son ennemi juré, Laurent Nkunda.
D'un côté, il y a le régime de Joseph Kabila qui, depuis deux ans, ne fait que s'affaiblir avec à l'est, son bastion électoral, le CNDP, une rébellion qu'il n'arrive pas à réduire. De l'autre, il y a le régime de Paul Kagamé accusé par les Nations unies d'alimenter la guerre au Congo, en soutenant les rebelles de Laurent NKunda. Les bailleurs de fonds très généreux avec le régime rwandais menacent de fermer les robinets. Deux pays européens l'ont déjà fait.
Pour redorer son blason, Paul Kagamé doit donc prouver qu'il n'est pas le bad boy. Et pour cela, la meilleure option serait de contraindre la rébellion du CNDP à intégrer les forces armées congolaises, mais visiblement plusieurs hypothèques dans ce schéma n'ont pas encore été levées, celle en particulier du sort réservé à Laurent Nkunda, ennemi juré de Joseph Kabila.
L'opacité qui entoure l'accord signé se réduit à un échange de services. Le Rwanda chasse les FDLR, les rebelles hutus installés au Congo depuis le génocide, et en échange Kigali neutralise Nkunda.
Pour les deux partenaires ce donnant-donnant n'est pas sans risque. L'armée rwandaise doit éviter une éventuelle confrontation avec l'aile fidèle à Nkunda. Joseph Kabila doit écarter un désaveu de la classe politique et des Congolais qui dans leur ensemble sont partagés entre crainte et fureur de voir les Rwandais revenir au Congo. Bien que venus pour traquer les FDLR, l’entrée des troupes rwandaises en RDC a suscité beaucoup de réactions au sein de la population congolaise. Nombreux sont ceux qui pensent au retour d’une nouvelle agression du Rwanda en République démocratique du Congo. Toutefois, le gouvernement appelle la population au calme.

La "descente aux enfers" de Laurent Nkunda est loin d’être un événement. Le Rwanda de Paul Kagame a l’habitude de limoger, au gré de ses objectifs du moment, les dirigeants des «rébellions congolaises» créées à partir... de Kigali. La mise à l’écart de Nkunda n’est pas un événement. Le cas du RCD (Rassemblement Congolais pour la démocratie) est le plus symptomatique. Arthur Z’Ahidi Ngoma, son premier président, a été remplacé successivement par Ernest Wamba dia Wamba; Emile Ilunga et Adolphe Onusumba. Lors des négociations politiques de Sun City, Onusumba a été supplanté, à la surprise générale, par Azarias Ruberwa à qui sera attribué le poste de vice-président de la République (RCD) au moment du partage du pouvoir.
Selon certaines sources, c’est Kigali qui a poussé Bosco Ntaganda à destituer Nkunda et qui a appelé plusieurs commandants du CNDP à se ranger avec lui. Paul Kagame, apprend-on, n’a pas accepté que Nkunda se soit écarté des revendications sécuritaires et économiques du Rwanda à propos du Kivu, pour développer des ambitions politiques au niveau national.
Paul Kagame espère après l’arrêt de Laurent Nkunda, mené tambour battant, éteindre le feu des critiques qui monte contre son régime depuis quelques mois, suite à la publication, à la fin de l'année dernière, du rapport de l’Onu sur le soutien rwandais aux rebelles du CNDP et sur l'exploitation illégale des ressources minières du Kivu. En imposant la reddition de la rébellion et en arrêtant Laurent Nkunda, Paul Kagamé veut démontrer à la communauté internationale qu'il est un faiseur de paix, un pacificateur. Reste à savoir si cela suffira.

Le Rwanda doit beaucoup à l’Eglise

Publié le 06/01/2009 à 12:00 par madraffin
Le Rwanda doit beaucoup à l’Eglise

Il n’est pas rare qu’on profite d’une situation tout en n’accordant pas l’attention voulue aux facteurs qui l’ont favorisée. On dirait un enfant qui oublie qu’il est grandement redevable à ses parents quand il les voit croulants dans leur vieillesse.
Une rétrospection dans l’histoire du Rwanda nous fait découvrir que ce pays, malgré les apparences, doit beaucoup à l’Eglise Catholique.
Avant l’arrivée des Pères Blancs au Rwanda, en janvier 1900, le Rwanda était comme fermé sur lui-même au niveau de la mentalité, analphabète, sans infrastructures scolaires et sanitaires; sa population habitait des huttes; il n’y avait pas de routes ; on était nu ou habillé des peaux de bêtes ou des écorces d’arbres.
Avec l’arrivée des missionnaires, que de choses nouvelles ! En voici quelques-unes à titre indicatif.
1. Le premier apport des missionnaires fut d’ouvrir les Rwandais à de nouvelles réalités culturelles et religieuses. Nul ne met en doute que les Rwandais avaient une culture et une religion. Mais celles-ci restaient comme stationnaires, presque figées. Chaque Rwandais les recevait en héritage et les vivait sans trop se poser de question. On dirait même qu’il les subissait parce qu’il n’avait pas à les choisir. Avec l’introduction du christianisme et de ses valeurs, le Rwandais élargit son horizon culturel et religieux. Il a la possibilité de comparer certaines valeurs religieuses et de choisir celles qui parlent davantage à son cœur.
Au niveau du comportement moral, bien des pratiques instinctives furent réévaluées, certaines ont été abandonnées, d’autres nouvelles adoptées. L’aspect matériel qui prédominait dans les us et coutumes rwandais fut subordonné à l’aspect spirituel. C’est ainsi que par exemple on a pu avoir:
• des conversions de Rwandais malgré les risques de la désapprobation familiale et sociale. Certains en ont été martyrisés.
• des vocations religieuses et sacerdotales . C’est une nouvelle manière de vivre que des Rwandais découvraient. Ce fut même une libération pour certains. La dignité d’un Rwandais ou d’une Rwandaise n’est plus réduite à sa seule capacité d’être géniteur ou mère d’enfants. La femme rwandaise cesse d’être considérée en fonction d’un mari lui servant de bouclier social ; elle-même peut se faire valoir dans la société et gérer sa propre vie.
Dans le domaine culturel et religieux, on ne doit pas non plus oublier que ce que nous en conservons ne l’a été que par les hommes d’églises. Même les premiers essais d’une grammaire du kinyarwanda et d’un dictionnaire kinyarwanda-français sont l’œuvre des fils de l’Eglise. Il serait difficile d’imaginer ce que nous en dirions aujourd’hui si personne n’avait pensé à en recueillir les éléments pour les consigner par écrit.
Par sa participation aux séances catéchuménales, à la liturgie, à l’école et à diverses autres rencontres de chrétiens, le Rwandais a acquis une plus grande discipline dans ses relations avec les autres, dans sa tenue et dans son habillement. L’Eglise a donc exercé une très grande œuvre d’éducation populaire dont on ne peut que la féliciter si l’on veut être juste à son endroit.
2. Au niveau de l’habitat, les missionnaires nous ont apporté de nouveaux modèles de constructions des maisons donnant plus de sécurité et de stabilité. Ils nous ont appris à construire avec des matériaux durables, et plus solidement. Leurs propres installations sont à considérer comme les noyaux des premières villes rwandaises. Chacun peut facilement s’imaginer l’aspect du Rwanda d’avant la fondation des premières missions avec tous leurs annexes d’écoles, de catéchuménats, de dispensaires…. Le développement urbain au Rwanda est beaucoup redevable à l’Eglise et à son extension dans le pays. Les paroisses étaient vraiment des pôles de développement. C’est souvent dans leurs alentours que se sont développés des centres de négoce. C’est à partir de ces cités ou villes ecclésiastiques qu’on a enregistré les débuts de:
• l’éclairage avec des bougies, des lampes-tempêtes, des torches, des groupes électrogènes
• les adductions d’eau
• les centres de fabriques des tuiles et des briques
• les machines à coudre et à moudre
• les menuiseries pour la fabrique de divers matériels
• les garages
• l’imprimerie de Kabgayi et l’Euthymia de Butare
La stabilité des familles s’est aussi davantage organisée autour des installations des missionnaires. La vie sédentaire s’est petit à petit imposée sur la vie nomade qu’on menait auparavant, même dans les alentours des résidences royales qui étaient souvent transitoires.
3. Au niveau des voies de communication, on doit savoir que les anciennes routes et les ponts au Rwanda ont été souvent construits pour relier les installations des premières missions et des écoles disséminées dans la brousse. La route arrivait là où le missionnaire avait passé ; son installation à un endroit équivalait à un désenclavement des gens de la région. L’usage des vélos, des motos et des voitures au Rwanda s’est développé avec les missions…
Le service postal intérieur fut longtemps assuré par les missions. C’est dommage qu’on ait actuellement tendance à le négliger alors qu’on dispose davantage de moyens pour le rendre plus efficace, plus fiable et plus rapide.
4. Au niveau des infrastructures scolaires, on doit noter qu’avant les missionnaires aucun Rwandais ne savait ni lire, ni écrire. C’est l’analphabétisme total avec tout ce que comporte ce mot. Les missionnaires ont pu adapter leur alphabet pour traduire nos idées et notre culture par écrit. Par leurs écoles, ils ont permis l’explosion de toutes les potentialités d’un Munyarwanda. Celui-ci s’est enrichi de ce qui provient d’ailleurs et s’y est adapté selon qu’il en tirait des avantages.
Les séminaires et le Groupe scolaire de Butare furent les premiers centres intellectuels au Rwanda. Bien de Rwandais qui y ont été formés ont été très utiles à la nation .
L’Université Nationale du Rwanda a été fondée , en 1963, par les hommes d’Eglise (les Dominicains) pour épauler le Grand Séminaire de Nyakibanda dans la formation supérieure des Rwandais. Avant cette fondation, seuls ceux qui avaient fréquenté le Grand Séminaire de Kabgayi-Nyakibanda, et cela depuis 1913, pouvaient se prévaloir de cette formation. Et maintenant, quelle juste reconnaissance du rôle joué par le Grand Séminaire dans le système éducatif rwandais ?
Il est injuste que souvent on loue quelques personnalités tout en ignorant ce qui fut à la base de l’éclosion de ces personnalités : l’Eglise qui les a formées et accompagnées .
Il est fort dommage que les instances habilitées ne pensent pas à réhabiliter publiquement le rôle de l’Eglise dans ce secteur-clé de la vie d’un peuple (éducation). Qui t’éduque pose les bases de ton développement, il t’engendre à ce développement.
5. Au niveau des infrastructures sanitaires, le grand mérite revient aux missionnaires pour l’introduction de la médecine européenne au Rwanda de laquelle des Rwandais doivent beaucoup pour le soulagement de leurs souffrances et la baisse des causes de mortalité. Les missionnaires se sont beaucoup investis dans l’éducation sanitaire des Rwandais, pour diminuer les causes de manque d’hygiène et améliorer leurs conditions de santé.
Lors des journées consacrées à l’infirmière, on devrait penser aux premières femmes ayant œuvré dans les premiers dispensaires rwandais, souvent incorporés dans les structures des missions comme Save, Zaza, Nyundo, Rwaza, Mibirizi, Kabgayi et tant d’autres.
Particulièrement, c’est grâce à l’Eglise que l’on a le Centre Psychiatrique de Ndera, le Centre des handicapés de Gatagara, des Orphelinats et des Homes pour vieux. C’est l’Eglise qui s’occupe de ceux que les autres négligent! C’est elle la promotrice du respect des droits d’un chacun, surtout des plus petits économiquement et physiquement.
6. Au niveau de l’initiation à la pratique démocratique, l’Eglise est à féliciter :
• D’abord pour son éducation à la vérité et à la charité envers les autres : on doit savoir donner la priorité au bien commun avant de se préoccuper des intérêts particuliers à la source de bien de conflits interminables.
• Ensuite, dans la pratique des élections au niveau des inama (conseils de collines) et des mouvements d’action catholique ou associations assimilées. Ce fut une initiation des Rwandais à savoir se choisir des responsables qui leur sont nécessaires, et pour le temps nécessaire. On pouvait être réélu suivant qu’on avait donné de bonnes prestations ou remplacé dans le cas contraire. Pour beaucoup d’anciens chrétiens rwandais, ce fut une stimulation à vivre plus fidèlement l’esprit de l’évangile afin de gagner ou garder la confiance des autres.
7. Au niveau de du gender, on doit considérer que l’Eglise a fait beaucoup pour l’émancipation de la femme au Rwanda :
• Déjà avec l’arrivée des Sœurs Blanches, en 1909 , l’Eglise a montré aux rwandaises qu’elles pouvaient vivre autrement que liées à des maris ou à leur capacité de mettre au monde. Des Rwandaises n’ont pas tardé à embrasser leur vie déjà à partir de 1919.
• Avec les responsabilités publiques que les femmes ont assurées dans les inama, les écoles et les dispensaires, l’Eglise les a pratiquement sorties des bikari (parties-arrière de l’intérieur des enclos) et des mbere (parties-arrière de l’intérieur des maisons) pour se produire, et efficacement, en public ; elle leur a permis, au niveau plus que charnel, d’apparaitre comme de vraies mères de la société. En fait, elle leur a donné davantage d’occasions de prendre la parole et d’exercer plus de pouvoirs dans la société rwandaise.
8. L’Eglise est intervenue dans d’autres secteurs de la vie sociale au Rwanda comme :
• L’introduction de nouvelles cultures au Rwanda, surtout pour faire face aux fréquentes périodes de famines. Des missionnaires devenaient par endroits de sortes d’agronomes pour initier aux nouvelles cultures.
• Le reboisement du territoire : souvent dans l‘acte de cession des terrains aux missionnaires, on leur imposait d’implanter du bois au moins sur un cinquième du terrain concédé. C’est avec ce bois qu’on a pu, par la suite, développer des menuiseries, faire des constructions, équiper des bureaux, et avoir le bois de chauffe ; les missionnaires ont également vulgarisé la plantation des arbres fruitiers.
• Les coopératives : la première coopérative, TRAFIPRO, fut initiée par l’Eglise ; avec l’engagement des membres des mouvements d’action catholique ou de ceux qui terminaient les CERAR et les écoles familiales, d’autres coopératives furent fondées un peu partout dans le pays et souvent dans le sillage des missions.
• Le sport : les premières équipes de Football au Rwanda étaient, pour la plupart, l’œuvre des missionnaires. Divers autres types de jeux se sont également développés avec l’encadrement des missionnaires (pastorale de la jeunesse et des masses).
• La presse : c’est grâce à l’Eglise qu’on doit les premiers livres imprimés en Kinyarwanda et les premiers journaux (kinyamateka, Hobe, Théologie et Pastorale, Trait-d’union..) qui ont beaucoup aidé les Rwandais à partager leurs pensées et à réfléchir sur leurs problèmes de société et de vie chrétienne.
• La radio : ce qui est actuellement connue comme la Radio Nationale a bénéficié, dans ses débuts de fonctionnement, du volontariat notamment des séminaristes de Nyakibanda pour réaliser ses programmes de diffusion.
***
L’énumération non exhaustive de ces quelques points montre à suffisance l’immense rôle qu’a joué l’Eglise dans la construction du Rwanda plus que dans sa destruction comme une certaine opinion voudrait le faire passer.
La célébration du 50e anniversaire de l’érection de la hiérarchie catholique au Rwanda, le 10/11/1959, devrait offrir une bonne occasion pour réhabiliter la vérité sur le rôle historique de l’Eglise au Rwanda. Ce ne serait du reste que de la gratitude à son égard. Ce serait plus honnête et plus juste de reconnaitre que ce que cette Eglise a réalisé en faveur de notre pays dépasse de loin ce qu’elle n’a pas pu réaliser. Aux contemporains de la relayer, ou de l’épauler, pour aller plus avant.

Abbé Joseph Ngomanzungu
23/11/2008